Archive for March, 2016

A propos du procès antiterroriste à venir contre des anarchistes et anti-autoritaires en Belgique

Téléchargez ce tract ici en PDF: A propos du proces Belgique

Si se battre pour la liberté est un crime,
l’innocence serait vraiment le pire de tout.

Fin 2008, en pleine période d’hostilités diffuses déclenchées par la révolte en Grèce suite à l’assassinat d’Alexis par la police, le Parquet Fédéral belge lance une enquête visant des anarchistes et des anti-autoritaires. En 2010, sur base d’une liste d’actions que la police attribue à la « mouvance anarchiste » et alors que la lutte contre la construction d’un nouveau centre fermé à Steenokkerzeel se fraye un chemin, la juge d’instruction Isabelle Panou est affectée à l’enquête qui relève désormais de l’antiterrorisme. En mai, puis en septembre 2013, une dizaine de perquisitions ont lieu dans le cadre de cette enquête, ces perquisitions visent différents domiciles ainsi que la bibliothèque anarchiste Acrata située à Bruxelles. C’est à cette occasion que l’existence d’une enquête antiterroriste se donne à voir pour la première fois. Cette enquête est menée par la section antiterroriste de la police judiciaire fédérale qui se retrouvera épaulée tantôt par la Sûreté de l’État, tantôt par le Service Général du Renseignement et de la Sécurité de l’armée ainsi que par différents services anti-terroristes d’autres pays européens. C’est en 2014 que l’enquête est close, aboutissant aujourd’hui au renvoi devant la Chambre du Conseil de douze anarchistes et anti-autoritaires.

Après une séance de légalisation des méthodes particulières de recherche utilisées dans le cadre de cette enquête (filatures, écoutes téléphoniques, placement de microphones dans un domicile, perquisitions en cachette, tentatives d’infiltration, placement de dispositifs de vidéo-surveillance devant des domiciles et à l’intérieur d’un domicile) en octobre 2015, le dossier est renvoyé devant la Chambre du Conseil. La séance de cette Chambre est fixée pour le 10 mai 2016 et déterminera s’il y a lieu de confirmer la tenue d’un procès et, si oui, sous quelles accusations.

De son enquête, le Parquet Fédéral s’est efforcé de tirer pas moins de 29 inculpations individualisées. Neuf compagnons sont accusés d’appartenance à une organisation terroriste et de participation à des activités terroristes pendant des périodes plus ou moins longues. Trois d’entre eux sont en plus accusés d’en être les « dirigeants ». Par ailleurs, trois autres personnes ayant été arrêtées dans la foulée d’une attaque contre le commissariat des Marolles sont quant à elles accusées d’appartenance à ce groupe terroriste pendant un jour, ainsi que des différentes inculpations se rapportant à cette attaque. Ça c’est pour l’accusation générale.

Celle-ci est ensuite complétée par des accusations plus spécifiques telles que participation à une manifestation sauvage devant le centre fermé 127bis à Steenokkerzeel (transformée en « tentative d’incendie volontaire » et d « ‘infraction terroriste » par le parquet), préparation et participation à une attaque contre le commissariat de police dans les Marolles (qualifiée par le parquet d’ « infraction terroriste »), coups et blessures sur des agents de police à plusieurs reprises, obstruction de la voie publique, dégradations diverses et variées, vols à l’étalage, incendie de voitures de gardiens de prison sur le parking de la prison de Ittre, incitation à commettre des infractions terroristes… Il est à préciser que ces accusations spécifiques visent à chaque fois des compagnons spécifiques, c’est-à-dire que tout le monde n’est pas inculpé pour l’ensemble des faits reprochés.

En arrière-plan de cette enquête qui a duré plusieurs années et qui a produit pas moins de 32 cartons de paperasses, le Parquet Fédéral émet l’hypothèse qu’un « groupe anarchiste terroriste » serait actif, notamment à Bruxelles, et que les inculpés auraient « participé à » ou « favorisé » ces activités. Il dresse par exemple une longue liste d’une 150-aine d’attaques, dont une bonne partie incendiaires, contre des structures de la domination, des commissariats, des tribunaux, des banques, des entreprises qui se font du beurre sur le dos de l’enfermement, des chantiers, des véhicules de diplomates, d’eurocrates et de fonctionnaires de l’OTAN, des antennes de téléphonie mobile,… Toutes ces attaques ont eu lieu à Bruxelles et dans ses environs entre 2008 et 2013.

L’invention d’un groupe terroriste qui serait responsable de l’ensemble de ces faits (ne serait ce que par le fait de « les avoir rendus possibles ») permet de jolies pirouettes servant l’accusation : une bibliothèque devient un lieu de recrutement, des discussions deviennent des réunions clandestines, des tracts et des journaux de critique anarchiste deviennent des manuels de guérilla urbaine, des manifs et des rassemblements deviennent des appels au terrorisme, des liens affinitaires entre des personnes en lutte et l’auto-organisation qui peut en découler deviennent « un groupe terroriste structuré ». L’invention d’un « groupe terroriste anarchiste » est bien évidemment une tentative assez maladroite de la part de l’État de réduire la subversion anti-autoritaire et révolutionnaire à l’œuvre d’un seul « groupe structuré ».  En tentant de mettre derrière les barreaux une poignée d’anarchistes qui dérangent, l’État cherche à décourager les réfractaires à passer à l’action directe contre ce qui nous opprime et exploite et d’imposer un silence absolu aux désirs, possibilités, réflexions et critiques qui s’affrontent à ce monde autoritaire.

Ce qui est renvoyé devant le tribunal, c’est donc toute une mosaïque de luttes, de révoltes, d’idées, d’actions directes, de critiques, d’imaginaires révolutionnaires, d’agitations qui ont, pendant des années, cherché à s’attaquer à la domination. En cela, l’éventuel procès concerne non seulement les compagnons inculpés, mais aussi tout individu, tout anarchiste, tout révolutionnaire, tout réfractaire à l’ordre, tout insoumis à l’autorité qui ne veut pas rester les bras croisés devant l’exploitation et l’oppression. Ce qui est visé, c’est la recherche de l’autonomie dans l’action, l’auto-organisation dans la lutte, l’action directe dans toute sa diversité, le choix de défendre et de diffuser des idées anarchistes et révolutionnaires, de participer ensemble avec d’autres révoltés à des combats auto-organisés et autonomes. Et finalement, sans doute, une approche combative de l’anarchisme qui part de l’individu, de l’affinité, de l’informalité.

Il serait étrange de séparer la répression qui vise aujourd’hui quelques anarchistes et anti-autoritaires de l’ensemble de la répression qui cherche à mater (souvent préventivement) toute critique de l’ordre établi et la révolte. A coups de « menaces terroristes », de crise de réfugiés, de lutte contre la criminalité et de guerres bien réelles, la répression étatique passe aujourd’hui à la vitesse supérieure. Dans une période où les changements et les restructurations viennent toujours plus rapidement modifier les terrains de la conflictualité sociale, neutraliser ceux qui dérangent par leur pensée et leurs actes fait partie d’un ensemble qui cible les exploités et les opprimés : le durcissement des conditions de survie, la militarisation des frontières, l’imposition d’un contrôle technologique massif, la construction de nouveaux camps de détention,…

Se défendre contre ce coup répressif qui veut renvoyer des compagnons devant un tribunal sous des accusations de terrorisme, c’est défendre la possibilité et l’espace de l’agir anarchiste et anti-autoritaire. Et, par la solidarité avec les compagnons inculpés, faire face à la répression étatique qui vise à paralyser toute action subversive.

Si se battre pour la liberté est un crime, l’innocence serait vraiment le pire de tout.

avril 2016

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Over het komende proces tegen anarchisten en anti-autoritairen in België

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Eind 2008, in volle periode van verspreide vijandelijkheden ontketend door de revolte in Griekenland nadat Alexis er door de politie vermoord werd, opent het Federaal Parket een onderzoek naar anarchisten en anti-autoritairen in België. In 2010, op basis van een lijst acties die de politie toeschrijft aan de “anarchistische beweging” en terwijl de strijd tegen de bouw van een nieuw gesloten centrum in Steenokkerzeel zich een weg baant, wordt een onderzoeksrechter, Isabelle Panou, aangesteld. Het onderzoek valt vanaf dan onder anti-terrorisme. In mei en vervolgens in september 2013 vinden een tiental huiszoekingen plaats in het kader van dit onderzoek, ondermeer in de anarchistische bibliotheek Acrata in Brussel. Het is pas dan dat voor het eerst iets vernomen wordt over het lopende anti-terroristische onderzoek. Uit het dossier zal blijken dat niet alleen de gerechtelijke Federale politie erbij betrokken is, maar ook de Staatsveiligheid, de Militaire Inlichtingendienst en verschillende anti-terroristische diensten van andere Europese landen. In 2014 wordt het dossier afgesloten, twaalf anarchisten en anti-autoritairen worden vandaag doorverwezen naar de Raadkamer.

Na een sessie om de bijzondere opsporingsmethodes die gebruikt worden in het kader van dit onderzoek te legaliseren (schaduwen, telefoontap, plaatsing van microfoons in een huis, stiekeme huisdoorzoekingen, pogingen tot infiltratie, plaatsing van videobewaking voor huizen en in een huis) in oktober 2015, werd het dossier nu dus doorgestuurd naar de Raadkamer. De zitting van die Raadkamer zal plaatsvinden op 10 mei 2016; daar zal dan beslist worden of er een proces volgt en met welke aanklachten.

Het Federaal Parket heeft uit haar jarenlange onderzoek niet minder dan 29 aanklachten geperst. Negen kameraden worden beschuldigd van lidmaatschap van een terroristische organisatie en deelname aan terroristische activiteiten voor langere of kortere periodes. Drie onder hen worden beschuldigd er de “leiders” van te zijn. Drie andere mensen die in de nasleep van een aanval tegen het politiekantoor in de Marolles aangehouden werden, worden op hun beurt beschuldigd van één dag lidmaatschap van deze terroristische groep, naast de andere aanklachten inzake deze aanval. Dat algemene schema wordt aangevuld met meer specifieke beschuldigingen zoals deelname aan een wilde betoging voor het gesloten centrum 127bis in Steenokkerzeel (omgevormd tot “poging tot vrijwillige brandstichting” door het Parket), voorbereiding en deelname aan een aanval tegen het politiecommissariaat in de Marollen (door het Parket gekwalificeerd als “terroristisch misdrijf”), slagen en verwondingen aan agenten, blokkeren van de openbare weg, verschillende beschadigingen, winkeldiefstallen, brandstichting tegen wagens van cipiers op de parking van de gevangenis van Ittre, aanzetting tot terroristische misdrijven,… Deze specifieke aanklachten viseren telkens bepaalde kameraden, niet iedereen wordt dus van dezelfde zaken beschuldigd.

Als een rode draad doorheen het onderzoek dat jarenlang aangesleept heeft en niet minder dan 32 kartons papier geproduceerd heeft, gaat het Federaal Parket uit van het bestaan van een anarchistische “terroristische groep” die actief zou zijn in het Brusselse en waarvan de beklaagden de activiteiten zouden “bevorderd” hebben of eraan “deelgenomen” hebben. In het dossier vinden we bijvoorbeeld een lange lijst terug van een 150-tal aanvallen, waarvan een groot deel brandstichtingen, tegen structuren van de overheersing: commissariaten, rechtbanken, banken, bedrijven die geld verdienen met opsluiting, werven, wagens van diplomaten, NAVO-medewerkers en eurocraten, GSM-masten,… die plaatsgevonden hebben in Brussel en de nabije omgeving in de jaren 2008 tot 2013.

De uitvinding van een terroristische groep die verantwoordelijk zou zijn voor al deze feiten (al was het maar door ze “mogelijk gemaakt te hebben”) laat het Parket acrobatische sprongen toe: een bibliotheek wordt een recruteringsplek, discussies worden clandestiene vergaderingen, talloze pamfletten en kranten worden handleidingen voor stadsguerilla, bijeenkomsten en betogingen worden oproepen tot terroristische misdrijven, affiniteiten tussen mensen in strijd en de zelforganisatie die daaruit kan voortvloeien worden een “gestructureerde terroristische groep”. Dit is natuurlijk een onhandige poging van de staat om de anti-autoritaire en revolutionaire subversie te reduceren tot het werk van één enkele “gestructureerde groep”. Door een hanvol anarchisten die storen achter de tralies te proberen krijgen, wil de Staat de ongehoorzamen proberen ontmoedigen  over te gaan tot directe actie tegen wat ons onderdrukt en uitbuit, en een absolute stilte op te leggen aan de verlangens, mogelijkheden, gedachten en kritieken die het gevecht aangaan met deze autoritaire wereld.

Hetgeen ze voor de rechtbank willen slepen is dus een hele mozaïek aan strijden, revoltes, directe acties, revolutionaire verbeeldingen en agitatie die al sinds jarenlang proberen de overheersing aan te vallen. In die zin gaat het eventuele proces niet alleen maar de beschuldigden aan, maar evenzeer elk individu, elke anarchist, elke revolutionnaire, elke rebel, elke ongehoorzame die niet de handen in de schoot wil leggen tegenover uitbuiting en onderdrukking. Wat geviseerd wordt, is de zoektocht naar autonomie in actie, zelforganisatie in strijd, directe actie in al haar verscheidenheid, de keuze om anarchistische ideeën te verdedigen en te verspreiden en samen met anderen deel te nemen aan zelfgeorganiseerde en autonome gevechten. En tot slot wil de staat zonder twijfel een slag toedienen aan een strijdbare benadering van het anarchisme die vertrekt vanuit het individu, affiniteit en informaliteit.

Het zou vreemd zijn om de repressie die vandaag een handvol anarchisten en anti-autoritairen treft los te zien van het geheel aan repressie die (vaak preventief) alle kritiek op de bestaande orde en revolte ertegen probeert de kop in te drukken. De statelijke repressie schakelt in deze dagen op het ritme van “terroristische dreigingen”, vluchtelingencrisis, strijd tegen criminaliteit en erg reële oorlogen in een hogere versnelling. We leven een periode waarin veranderingen en herstructureringen alsmaar sneller de terreinen van de sociale conflictualiteit wijzigen. Degenen die storen omwille van hun gedachtegoed en daden neutraliseren maakt dan ook deel uit van een geheel dat zoals altijd de uitgebuiten, uitgeslotenen en onderdrukten treft: de verharding van de levensomstandigheden, de militarisering van de grenzen, een massieve technologische controle, de bouw van nieuwe gevangeniskampen,…

Je verdedigen tegen deze repressieve slag die kameraden voor de rechtbank wil slepen met beschuldigingen van terrorisme betekent de mogelijkheid en de ruimte verdedigen voor anarchistisch en anti-autoritair handelen. En doorheen de solidariteit met de beschuldigde kameraden het hoofd bieden aan de statelijke repressie die alle subversieve actie wil lamleggen.

Als vechten voor vrijheid een misdaad is zou onschuld werkelijk het ergste zijn dat je kan overkomen.

april 2016

 

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Sous la menace

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Notes sur quelques évolutions répressives sur le terrain de la guerre sociale
Il y a un an…

La directive anti-terroriste émanant de l’Union Européenne afin d’être implémentée dans les lois des pays-membres date déjà de 2003. Elle est produite dans la foulée des mesures anti-terroristes et du début de la « war on terror » suite aux attentats du 11 septembre 2001. À l’époque, les législateurs l’ont présenté comme une sorte de version light du Patriot Act des États-Unis. Mais il n’en fût évidemment pas ainsi. Entre temps, tous les pays de l’Union Européenne l’ont adopté (à l’exception des pays qui disposaient déjà de lois plus dures en matière de terrorisme, comme l’Espagne). Et l’État belge comptait parmi les premiers. Au fur et à mesure des années et après de nombreuses tentatives (plutôt infructueuses) de l’utiliser contre des communistes turques et des communistes kurdes notamment, la loi fera l’objet de nombreuses adaptations, avec pour résultat d’affiner toujours plus la définition du « terrorisme ». Il est devenu inutile d’encore consacrer beaucoup de mots à cette définition : elle peut potentiellement concerner toute expression, tout acte ou toute pensée qui critique l’État. C’est aussi simple que ça. Et en cela, cette loi n’est certes pas nouvelle. Les États se sont toujours équipés d’un vaste outillage juridique pour combattre la subversion, et si besoin il y a, on y rajoute des décrets d’exception, des manœuvres des services secrets, la « guerre sale » d’extermination.
L’intérêt d’implémenter un outillage légal spécifique contre la subversion est évidemment l’octroi de davantage de moyens aux enquêteurs et services de sécurité et une augmentation considérable des peines. Un délit commis dans le cadre d’une « participation à des activités terroristes » est plus lourdement puni que ce même délit commis dans un autre cadre. De nouveau, il n’y a pas de quoi s’étonner. L’État n’a jamais promis d’être aimable avec ses ennemis.
La dernière mise à jour de la loi anti-terroriste belge datant de 2010 est instructive à cet égard. Ont été rajoutés les délits terroristes « d’incitation à commettre des délits terroristes, oui ou non suivi d’effet », « le recrutement avec but terroriste », « l’entraînement en vue de commettre des infractions terroristes ». Cela peut donc concerner toute proposition révolutionnaire, la mise à disposition ou l’étude de méthodes de lutte et d’attaque, la diffusion des idées subversives. Et c’est bel et bien le cas : au moins deux enquêtes avec de tels chefs d’inculpation visent aujourd’hui des anarchistes en Belgique.

L’année 2015 a été très productive aussi en matière de nouvelles mesures et de nouvelles lois. Faisons une rapide incursion sur ce terrain.
En janvier 2015, le gouvernement crée le « Conseil National de Sécurité », une sorte d’état-major de la lutte contre le terrorisme. Ce conseil réunit le premier ministre, le chef du centre de crise du ministère de l’Intérieur, de la Sûreté d’État, de la Police Fédérale, des Renseignements Militaires, du Parquet Fédéral et de l’OCAM. À noter que ces deux dernières instances ont été spécialement créées pour combattre le terrorisme. Le Parquet Fédéral cherche depuis des années à s’autonomiser le plus possible des juges d’instruction, pour s’octroyer petit-à-petit le droit d’appliquer toutes les mesures d’enquête et de surveillance possibles et imaginables à sa propre initiative. Il n’est rien d’autre que le bras de la Police Fédérale à l’intérieur de l’appareil judiciaire. L’OCAM a été créé en 2008 et fonctionne comme une sorte de carrefour entre tous les services qui ont à faire avec le terrorisme. C’est cet organe qui émet les fameux avis de « menace ». Mais pour ne pas perdre le fil : le Conseil National de Sécurité jouera dans les années d’après un rôle important dans le combat contre le terrorisme, la menace et la subversion, disposant d’une autonomie d’action et de prise de décision qu’aucun conseil, comité, organe n’avait eu auparavant. À noter encore qu’il a été instauré, quoi que préparé bien avant cela, dans la foulée des attentats contre Charlie Hebdo et un hypermarché casher à Paris.
Mais c’est en hiver 2015 que les choses s’accélèrent vraiment. Suite aux attentats de Paris de novembre 2015, le gouvernement annonce 18 nouvelles mesures, dont une partie a entre temps été approuvée et se trouve en voie d’implémentation. Il s’agit notamment de la prolongation de la détention judiciaire pour terrorisme de 24 à 72 heures (triplant le temps des enquêteurs pour tenir un suspect à l’écart de tout et de l’« interroger », à bon entendeur) ; l’extension des méthodes de recherche particulières (intrusions dans les domiciles, installations d’appareils d’écoute et de visionnage, infiltration,…) ; l’intégration du système de reconnaissance des plaques de véhicules sur l’ensemble des autoroutes et à l’entrée des villes ; la création d’une banque de données de voyageurs en avion, en bus et en train (« PNR ») ; la légalisation du déploiement permanent de 520 militaires dans la rue ; et la mise à l’étude de l’imposition d’un bracelet électronique à toutes les personnes fichées chez l’OCAM (il s’agit, selon leurs dires, d’environ 1000 personnes). Fin décembre, après quelques rectifications à la demande de la Commission pour la protection de la vie privée, le gouvernement crée une banque de données centrale de suspects de terrorisme, accessible à tous les services du terrain. Début janvier 2016, la proposition de la prolongation de la durée de détention judiciaire à 72h est élargie à toutes les accusations (et donc pas au seul « terrorisme ») et on décide d’offrir plus de garanties aux policiers enquêtant sur des « dossiers lourds » pour préserver l’anonymat. Enfin, fin janvier 2016, une proposition de loi est envoyée à la Chambre pour rendre punissable, toujours dans le cadre de la loi anti-terroriste, la « préparation d’un attentat » : l’observation d’une cible potentielle, l’étude de chemins de fuite, la recherche de caches, la recherche de cibles. Les peines, comme tout délit puni dans le cadre de l’anti-terrorisme, vont aller de 5 à 10 ans de prison. Cette proposition va de pair avec un changement dans la Constitution afin de créer la possibilité pour le gouvernement de décréter « l’état de siège », aussi en dehors des situations où cela était déjà possible (surtout guerre, invasion étrangère et insurrection).
Enfin, début février 2016, le gouvernement fédéral a présenté son « plan d’action contre le terrorisme, le radicalisme et l’extrémisme violent », ciblant les communes bruxelloises de Molenbeek, Saint-Gilles, Saint-Josse, Schaerbeek, Laeken, Anderlecht, Koekelberg et la ville flamande de Vilvorde. Dans l’immédiat, 300 policiers fédéraux iront renforcer les zones de police locales, les 50 premiers flics étant arrivés à Molenbeek le lendemain de l’annonce du plan. Sur le moyen terme, le plan prévoit le recrutement de 1000 policiers supplémentaires pour la Police Fédérale, renforts qui seront principalement dédiés à la lutte contre le radicalisme. La Sûreté d’État peut embaucher 100 personnes supplémentaires (à l’heure actuelle, elle dit disposer d’environs 700 employés). Des fonds supplémentaires aussi pour la Justice. La cible principale du plan contre le terrorisme – on ne l’invente pas –, c’est… le travail au noir, les faux papiers, le trafic d’armes, la « fraude sociale », l’économie illégale. Une nouvelle cellule d’inspection sera créée à cette fin afin de réaliser des contrôles éclairs dans les communes concernées. Enfin, le plan prévoit l’interconnexion et l’intégration de tous les réseaux de vidéosurveillance dans une seule plateforme accessible à la Police Fédérale, ainsi que la légalisation et la multiplication des caméras mobiles de reconnaissance de plaques d’immatriculation, montées sur le toit des voitures de police.

Dans la ligne de mire

« Je vais nettoyer Molenbeek et éradiquer les problèmes. Nous sommes en guerre. »
Jan Jambon, ministre de l’intérieur,
14 novembre 2015

Les premières cibles de la répression étatique sont toujours les basses couches de la population, les « classes dangereuses », les pauvres et les exclus, bref, les prolétaires. Il n’en est pas autrement maintenant que l’État prétend que la menace la plus importante est le jihadisme, plutôt que les courants révolutionnaires. Attention, on a bien dit « prétend », car les écrans de fumée de propagande ne devraient pas nous faire oublier que c’est toujours (aussi) la subversion qui est visée, la subversion qui cherche à secouer les chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression étatique. On aura du mal à qualifier les jihadistes de « subversifs » (d’autant qu’en parler en termes généraux est difficile, voire impossible), mais ce courant contre-révolutionnaire réussit aujourd’hui à embrigader nombre de prolétaires enragés. Cela fait qu’on ne peut pas les considérer comme totalement étrangers, ni coupés de la conflictualité sociale générale. Que leur projet soit oppressif et autoritaire, que leurs méthodes de combat soient généralement aussi dégueulasses que celles des États, que leurs cibles premières dans les soulèvements où ils se retrouvent face à des poussées révolutionnaires (comme en Libye, en Égypte ou en Syrie) soient justement les subversifs et les révolutionnaires, n’enlève pas que pour nous, anarchistes et révolutionnaires, les islamistes cherchent à établir leur hégémonie sur le terrain de la guerre sociale entre oppresseurs et opprimés. Et c’est en cela qu’ils sont nos ennemis mortels. Pour l’État, ce n’est pas un ennemi mortel. Une entente entre des États et des groupes islamistes a été possible dans le passé et le sera aussi dans le futur. Le parallèle avec les staliniens et consorts ne serait pas trop difficile à faire.
Dans la foulée des nouvelles mesures du gouvernement, sa cible de toujours n’est pas absente. Ainsi, le gouvernement annonçait des contrôles maison par maison dans la commune de Molenbeek (élargis ensuite à tous les quartiers pauvres de Bruxelles), qui se sont transformés après l’annonce du plan fédéral en février 2016 en contrôles « technologiques » : vérification de la consommation d’énergie afin de déterminer le nombre d’habitants et de passer à un contrôle au domicile s’il y a des soupçons. Il expliquait le lien entre « terrorisme » et « délinquance », deux mondes qui se croiseraient et s’entre-aideraient (sans doute possible, mais n’oublions pas non plus que l’État s’est souvent servi d’une frange du banditisme pour combattre la subversion quand il s’agissait de faire des sales boulots, et qu’il se sert toujours de la gestion de la délinquance afin de mieux prévenir ou contrôler toute excursion vers la révolte), en nous annonçant une série de « plans d’action » contre le trafic d’armes, le trafic de stupéfiants, les milieux de braqueurs et de voleurs, … C’est en France que l’État a été le plus clair dans une telle démarche : plus de 3000 perquisitions administratives (rendues légales par « l’état d’urgence »), ciblant presque toujours des personnes connues pour des faits de délinquance. Et ensuite, c’est bien évidemment le tour de cette autre franche prolétaire, cible préférée des États : les sans-papiers et les réfugiés. Renforcement des contrôles aux frontières de la Belgique et de l’Union Européenne, création de gigantesques camps de concentration (laconiquement appelés « hot spots »), expulsion de la jungle de Calais, installation de barbelés aux frontières de différents pays européens, militarisation de la politique du « push back » dans la Méditerranée, expulsions collectives…
Il n’a pas fallu attendre trop longtemps non plus après les attentats de Paris pour que « la menace » soit élargi bien au-delà du jihadisme. A travers la presse, la Sûreté d’État belge met en garde contre « l’anarchisme violent » qui multiplie les sabotages et les attaques contre les structures de la domination sur le sol belge. Lors des débats hystériques au parlement concernant le terrorisme, certains parlementaires ainsi que les ministres des Affaires Intérieures et de la Justice rappellent qu’il y a aussi « ces anarchistes menaçant la sécurité de l’appareil étatique ». Et dans les coulisses  de la magistrature belge, on prépare un premier procès pour « organisation terroriste » contre une dizaines d’anarchistes et anti-antiautoritaires.
Enfin, le renforcement sécuritaire qui devait forcément accompagner la restructuration économique et politique en cours afin de couper court à toute poussée insurrectionnelle se retrouve aujourd’hui accéléré à cause de la « menace terroriste » et de quelques attentats jihadistes sur le sol européen. Ces attentats sont plutôt « faibles », si on peut s’exprimer ainsi, comparés à des époques où l’Europe a connue une vague d’importante subversion, aussi armée comme dans les années 70 ou 80. Une vague à l’intérieur où dans la foulée sont intervenus aussi de nombreux groupes et services contre-révolutionnaires se distinguant par des attentats indiscriminés contre des trains, des restaurants, des bars, des métros ou des avions. Mais la comparaison semble devenue impossible. Les décennies d’effacement de la mémoire historique, l’annulation des concepts de « passé » et d’« avenir » au profit d’un présent éternel et totalitaire, la destruction de la capacité critique de l’homme à travers, entre autre, l’implémentation massive de la technologie et d’une vision totalitaire du monde qu’elle exprime, nous livrent pieds et poings liés à la gestion toujours plus militarisée et totalitaire des rapports sociaux.
Cette accélération dans le renforcement de la capacité répressive ne s’exprime pas seulement dans l’outillage élargi de l’anti-terrorisme, mais aussi dans de vastes programmes de contrôle quasi total sur les mouvements de personnes et les relations interindividuelles, de construction de nouvelles prisons et de centres de détention un peu partout, de la transformation des métropoles en prisons à ciel ouvert. Ainsi se dessinent, toujours plus rapidement, les futurs terrains de la guerre sociale.

Le réseau de contrôle

« Si nous soulignons cette évolution, ce n’est pas par simple curiosité et envie de comprendre pourquoi la conflictualité sociale ne suit plus aujourd’hui l’ancien schéma bien ordonné de la lutte de classe entre prolétariat et bourgeoisie, deux blocs bien identifiables se disputant autour d’une forteresse, mais plutôt pour découvrir des axes d’intervention, des points où il est possible d’attaquer l’exploitation, et donc la reproduction sociale. Selon nous, ces axes se trouvent entre autres dans les infrastructures dont l’économie et le pouvoir dépendent. Cette infrastructure décentralisée et hautement complexifiée a rendu possibles les nouvelles formes d’exploitation (il suffit de penser à la nécessité actuelle d’être joignable à tout moment par portable dans la logique de la flexibilisation du travail), et c’est donc là que l’exploitation d’aujourd’hui peut être attaquée. Les câbles de fibres optiques, les réseaux de transport, l’alimentation énergétique, les infrastructures de communication comme les relais de portables : voilà tout un champ d’intervention qui est par nature incontrôlable, où il n’y a plus aucun centre à conquérir ou position à tenir, où la décentralisation implique par la logique des choses une organisation décentralisée, informelle, en petits groupes, de l’attaque. »
Quelques sapeurs de l’édifice social

Pas question de s’indigner du serrage de vis en matière de lois répressives. Ne serait-ce que parce que le réseau de contrôle dont dispose la domination va bien au-delà du code pénal, un réseau en plein développement. Décortiquons quelques axes principaux de ce réseau.

Contrôle sur le mouvement des personnes

Aujourd’hui, en Europe, il est devenu non pas impossible, mais certes compliqué et difficile, d’encore se déplacer sans laisser de traces sur son passage. Les axes de transports sont invariablement mis sous surveillance accrue, celle-ci rendue possible et surtout exploitable par les technologies modernes. Un logiciel qui peut reconnaître le visage d’un suspect sur des milliers d’heures de vidéo des caméras de surveillance est bien autre chose qu’un humain qui doit les visionner heure après heure en espérant découvrir sur l’écran le suspect en question. Les axes de transports sont en effet des vecteurs du contrôle. De l’achat d’un billet (toujours plus rare de pouvoir l’acheter en liquide, de ne pas fournir des données personnelles, de ne pas avoir besoin du traceur intégré dans l’homme moderne – le smartphone), au passage dans les gares et les arrêts, jusqu’au moyen de transport même, presque toujours équipé de vidéosurveillance. Il en va de même pour les déplacements par voiture. À l’entrée des villes et aux frontières, des scanners de plaques avertissent les forces de l’ordre de l’arrivée d’une personne suspecte, d’une voiture avec des plaques volées, d’un fraudeur à l’assurance. Les nouvelles voitures sont de la génération « connectée », c’est-à-dire qu’elles sauvegardent et partagent en permanence des données concernant le trajet, la façon de conduire voir même l’état de santé des conducteurs et des passagers. Si dans certaines marques de voiture le « eCall », la « boite noire » pour voitures (enregistrant les trajets et avertissant automatiquement les services de secours lors d’un accident), est déjà intégré depuis quelques années, il sera obligatoire pour tous les véhicules neufs dans l’Union Européenne à partir de 2018. Afin de réduire le nombre de morts sur la route, bien entendu. Mais, on le mentionnait déjà, le contrôle suprême sur le mouvement des personnes est bien sûr l’appareil que la grande majorité de nos contemporains portent toujours avec eux comme s’il s’agissait d’un talisman : le téléphone portable. Traçable, et n’en déplaise aux optimistes, effectivement tracé 24h sur 24, partout et en toute condition. Une cartographie formidable, et devenu gérable grâce aux avancées dans les domaines de stockage, d’enregistrement et d’exploitation des données. Et pour les malins : la police anglaise a répandu des millions de tracts donnant des indications aux gens pour « reconnaître des possibles terroristes ». La non-possession d’un téléphone portable ou son utilisation « anormale » (pas toutes les vingt secondes) sont considérés comme des indicateurs de menace potentielle.
Le contrôle des mouvements est omniprésent, mais il n’est pas impossible de le déjouer. Et il est encore moins impossible de le saboter. En effet, les remparts de la citadelle sont presque invisibles (ou plus précisément, enterrés à minimum 60 centimètres de profondeur sous forme de câbles en fibre optique), mais ses tours et ses bastions restent facilement repérables, comme les relais de téléphonie et d’internet mobile, les hangars de serveurs, les data centers,… En plus, même équipés de systèmes d’alimentation électrique de secours, tous les appareils dépendent invariablement d’une source énergétique.

Contrôle des relations entre les personnes

C’est l’internet et la communication digitale qui ont remplacé l’ancien mouchard planqué au coin de la rue. L’énormité des données n’est d’ailleurs pas seulement exploitée pour inculper des suspects et déterminer leurs fréquentations et possibles complices ou soutiens, mais aussi pour prévenir. Tout un développement scientifique est aujourd’hui rendu possible et en marche grâce à la disponibilité de cette infinitude assurée (au présent et dans l’avenir) de données. Les études sur le comportement humain, le fonctionnement du cerveau, les réactions, les émotions, les façons de se rapporter,… n’ont plus besoin de cobayes : les données nécessaires à la recherche sont désormais disponibles à tout chercheur. L’intégration de ce volet du développement technologique (les données informatiques massives) dans les autres domaines de recherche (les sciences cognitives, la nanotechnologie, la biologie, l’économie, la psychologie,…) va bon train et annonce la science intégrée du futur. Entièrement à disposition de la domination.
Et pour les récalcitrants, le développement technologique facilite énormément le travail aux chiens renifleurs des services de police. Écouter des conversations et déterminer les habitudes de vie ? Installer quelques micros dans le domicile. Déterminer les trajets et les fréquentations ? Coudre un GPS dans une chaussure, l’installer dans la voiture ou sur le vélo. Prendre en filature ? Suivre, en live, à travers l’interconnexion de toutes les caméras de vidéosurveillance la personne en question (à Bruxelles, une plate-forme vient d’être lancée permettant à la police d’avoir accès en permanence et d’orienter toutes les caméras de la ville, des transports en commun, des gares, des bâtiments officiels – et le but est d’y intégrer aussi les caméras privées).
Il va falloir beaucoup de créativité, d’inventivité, une mobilité accrue et probablement l’abandon total et définitif de tous les appareils technologiques pour créer encore des « blancs » dans la surveillance. Dans des documents stratégiques du renseignement militaire américain, on prédit que les « terroristes » retourneront aux anciennes méthodes de clandestinité et de communication afin de rester sous le radar. Comme leurs collègues de la Police Fédérale belge qui soulignaient, dans un rapport récent, la nécessité de remettre en valeur les anciennes méthodes d’infiltration et de délation, les services américains mettent en garde contre une confiance trop absolue dans les outils technologiques.

Contrôle du comportement humain

« Ce qu’il faut se demander – et seul cela compte -, c’est : de quelle nature est l’imagination des auteurs de science-fiction ? La réponse a cette question est : ils ont l’imagination de leurs puissants frères, l’imagination de ceux qui, à côté, dans les laboratoires et les ateliers, sont assis devant leurs planches à dessin et imaginent ensemble le monde exclusivement technique d’après-demain. Ils se rapprochent de l’esprit inventif du scientifique et de l’ingénieur qui sont déjà aujourd’hui les maîtres du monde. Leur imagination est parasitaire. L’activité à laquelle ils se livrent consiste à voler : elle consiste à décalquer les blues prints esquissés par leurs frères et, d’une certaine façon, à divulguer le secret de l’avenir, à proposer à leurs contemporains de le consommer comme s’il s’agissait de faits, comme s’il s’agissait d’un monde déjà réalisé. »
Günther Anders, L’obsolescence de l’individu

Instructif à cet égard est le film de science-fiction « Minority Report », où les machines peuvent prédire et avertir les policiers de l’imminence d’un crime. Si dans le film la prédiction dépend encore de la transmission des données par des êtres humains mutants (métaphore de l’homme-appareil), la réalité est en train de rendre ce film obsolète. Car comme on l’indiquait avant, les sciences comportementales, alimentées par les autres domaines de recherche et disposant désormais d’une base de données infinie, accouplées à la recherche en neuroscience et le « brain mapping », avancent à grand pas vers la capacité de prédire le comportement humain. Prédire, dans le sens où déjà toute sensibilité, toute individualité, toute imagination subit depuis des décennies des attaques féroces de la part de la domination, décapitant l’être humain de ses désirs, caprices, folies, souffrances (ce dernier peut faire sourciller, en observant la profonde tristesse dans laquelle nos contemporains du monde occidental sont plongés ; mais c’est en créant le syndrome généralisé de la « dépression » que le système renforce l’adhésion et la dépendance aux solutions proposées, éliminant la souffrance « authentique » si on peut la nommer ainsi, au profit d’un succédané dont le dépassement dépend de l’aval des produits et des mentalités « offerts » par le système).
Le contrôle du comportement humain ne pourrait pas encore se priver des institutions de coercition classique (prisons, camps de détention, hôpitaux psychiatriques, …), peut-être qu’il ne le pourra jamais, mais cela n’empêche pas que la domination profile à l’horizon un dépassement formidable : de la situation où il impose à ses sujets les comportements à adopter, aller vers une situation où les sujets intériorisent, non, demandent, non, exigent les comportements prescrits et utiles à la production et à la continuation de la domination.
Un exemple frappant nous est fourni, et malgré les apparences on n’est pas en train de sortir de l’objet initial de ce texte, par le changement du comportement humain, en à peine quelques années, suite à la généralisation du smartphone. La parole exprimée n’a plus de poids (par exemple, se mettre d’accord sur un rendez-vous), c’est la capacité de la manipuler en permanence qui sort vainqueur et détermine les relations humaines. Les objets de toute une histoire de littérature, de musique, de poésie, d’art, de coutumes, de blagues comme par exemple la rencontre est désormais gérée par des applications, facilitant ces histoires toujours compliquées et ambiguës. Partout, au boulot, dans le métro, à l’école, dans la chambre, à table, dans la forêt, on n’est plus jamais vraiment là, on est beaucoup plus dans le monde de l’écran tactile. Ce changement comportemental suite à la généralisation d’un appareil est intrinsèquement répressif, ne fût-ce que parce qu’il permet un contrôle en direct, suivi et sauvegardé, de tout ce qu’on « fait », ce qu’on « aime », ce qu’on « veut » et ce qu’on « pense ». L’utilisation des guillemets est nécessaire, car pour faire aimer, vouloir et penser, il faut disposer d’une individualité, une caractéristique qui n’existe presque plus. Si on croît que nos contemporains sont téléguidés parce que la publicité s’adapte aux données qu’ils fournissent en permanence, on est loin de comprendre l’amplitude de ce projet du pouvoir. La vente de marchandises par une publicité « individualisée » (encore ces guillemets nécessaires) n’est qu’un bienfait corollaire : le projet réel, c’est le contrôle total du comportement humain en fonction des nécessités de la domination.
Minority Report laissait encore imaginer que les passions humaines existent et agissent. L’aspect science-fiction consistait à ce que la passion amenant à la transgression et au crime pouvait être prédite. Le projet actuel du pouvoir est plus ambitieux : éliminer la passion sous toutes ses formes pour la remplacer par un succédané géré à travers les appareils intelligents, dirigés et adaptés par les avancées des sciences comportementales, cognitives et biologiques.

Et alors ?

« Un autre exemple de cet enfermement sur le terrain de l’État est la polarisation sur certains types de procédures (comme l’anti-terrorisme) vues comme des exceptions, ce qui revient à reconnaître, ne serait-ce qu’en creux, la loi, la justice et l’ordre «normal» qui les sous-tend. Il n’est pas étonnant dans cette logique que les médiations institutionnelles classiques (partis, syndicats, médias…) soient utilisées pour s’adresser à l’État, puisque celui-ci, mis face à ses responsabilités, serait supposé rectifier ses abus ou les erreurs de ses serviteurs. Tout se passe donc comme si, au nom de l’urgence et d’une certaine « gravité de la situation », on pouvait soudain évacuer la question du fonctionnement de ce système, mettre en avant les libertés formelles qu’il est censé garantir, jouer sur l’indignation voire la récupération citoyenne, quitte à réhabiliter de fait l’idée de démocratie, de délégation et de représentation. »
Subversions, La répression et son petit monde

Face à l’évolution de la domination, les auteurs de gauche s’indignent. Une dérive totalitaire. L’élimination de la sphère privée. La suspension des droits fondamentaux. L’état d’exception. Si à la fin du 19ème siècle, les lois instaurées en France pour réprimer le mouvement anarchiste sont communément connues sous l’appellation « lois scélérates », cela implique bel et bien qu’il y existerait des lois qui ne seraient pas « scélérates ». La plupart des anarchistes de l’époque ont adopté cette dénomination, même si dans leurs cœurs et dans leurs esprits, ils ont toujours cru que, pour le dire avec Albert Libertad, « toutes les lois sont scélérates ». Mais quand l’État serre les vis, il est facile de se réchauffer avec un sentiment de nostalgie pourtant bien déplacé.
C’est exactement cela, et l’appui recherché du côté des universitaires et intellectuels de gauche toujours obsédés par l’idée d’un État juste et égalitaire, qui nous désarme face aux progrès de la domination. Comprendre les avancées de l’ennemi est important, analyser ses hypothèses de travail est une tâche non-négligeable, connaître et étudier ses structures, ses hommes, ses nœuds est primordial, déjouer la surveillance par la créativité clandestine est vital. Mais tout cela ne servirait à rien si dans nos cœurs nous ne portons pas l’idée de l’anarchie, de la liberté, de la destruction de l’État, mais juste une indignation face aux « dérives totalitaires » et à l’« exception devenue mode de gestion ». Car alors tôt ou tard, par la fatigue ou la promesse, on trouvera bien une façon pour s’adapter au monde, pour jeter nos cartes sur la table et accepter la victoire de notre adversaire, pour venir à un accord avec ce monde qui nous permet de « vivre » un peu, de « respirer » un peu. Et écouler nos jours dans l’ignorance intentionnelle, le renoncement de soi-même, l’attente nostalgique.

Et alors ? Sommes-nous prêts à affronter le monstre, croyons-nous vraiment que cela est possible, sommes-nous sûrs que la vraie joie réside dans la lutte contre ce monde, dans la liberté du combat ? La rhétorique guerrière de l’État, y répondrons-nous par une vide rhétorique guerrière de l’anarchie ? Ou allons-nous prendre les choses un peu plus au sérieux, entre la légèreté et la rigueur ? C’est le moment de faire quelques choix, et d’être conscients que les risques encourus sont grands, mais que le vrai risque, c’est de voir s’éteindre la flamme de nos cœurs. « Dans ce glissement collectif vers une condition sécurité dans la terreur, qui déclenchera le cran d’arrêt ? »

Février 2016

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Marseille – Attaque incendaire & solidaire

Le matin du vendredi 26 février [2016] aux alentours de 3h30, nous nous sommes introduit dans un parking privé ’sécurisé’ servant à un immeuble bobo dans le 7ème, à Marseille, et avons foutu le feu à deux voitures de luxe. Une boîte d’allume-feu a été placé sous un pneu-avant de chaque véhicule, qui ont vite fait pris feu avant d’éclater en flammes alors que nous partions, amenant ainsi un bref « état d’urgence » aux pas de la porte de quelques bourges.

Nous dédions cette attaque aux quartes combattants emprisonnés* par l’état Belge dans le « procès de la maxi-prison » du 19 février, et à d’autres accusé-e-s dans la même affaire.

Feu aux prisons et au monde qui les protège !

Des bisous,
Des inconnu-e-s

[Repris de https://bxl.indymedia.org/spip.php?article10235&lang=fr]

* Ndlr : les quatre n’ont jamais été incarcérés, ils étaient juste inculpés, et ont été condamnés à 10 mois de prison avec sursis.

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Verdict dans le procès de la maquette de la maxi-prison

Verdict dans le procès de la maquette de la maxi-prison

Quatre inculpés dans le procès de destruction de la maquette de la maxi-prison ont été condamnés à 10 mois de prison avec 3 ans de sursis ce vendredi 19 février en première instance. En outre, les six inculpés reçoivent chacun 600€ d’amende, pour un total de 3.600€. Le gros élément à charge du procureur pour les condamner en bloc est le fait qu’ils ont refusé de s’excuser à ce sujet.

Cette condamnation en première instance permet à la Régie des Bâtiments de porter plainte au pénal pour les dégradations, elle compte réclamer 40.000€ pour dégradations.

 

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Dans le ventre de l’ogre. Procès de la destruction de la maquette de la maxi-prison

Procès de la destruction de la maquette de la maxi-prison de Haren.

Vendredi 22 janvier 2016, arrivée au palais de justice, ça commence.

Deux camionnettes de keufs sont stationnés sur l’esplanade. Entrée. Premier contrôle des affaires, puis faut se retaper une prise d’identité à l’entrée de la salle et un scan au détecteur. Une personne venue pour le procès sera d’ailleurs arrêtée et enfermée durant toute l’audience sous prétexte d’un défaut de pièce d’identité. Ficher, faire chier, c’est pour ça qu’ils sont là.

On rentre dans la salle. tout le beau monde est en place. Une vice présidente, deux juges, la procureure et les avocatEs. Faut ajouter à ça, les 4 flics en civil et deux autres en uniformes qui sont rester au fond de la salle pendant l’audience. Il ne manquaient que les deux journalistes de télébruxelles pour compléter le tableaux. Alors qu’on leur rappelle qu’elles ne sont pas les bienvenues, que personne ne veut être ni filmé ni leur parler, elles décident de rester et invoque la « liberté de la presse ». Liberté de raconter de la merde ! Les vautours ont filmé des gens rentrer et pris des images par l’entrebâillement de la porte, mais malgré leur insistance, personne ne leur a parlé. Elles avaient l’air de s’en offusquer, peut être pas l’habitude d’être remballée.

Du haut de leur toute puissance, le cerveau en manque d’oxygène, les médias n’arrivent pas à comprendre qu’on ne veut pas faire partie de leur jeu. Toujours à cracher sur les indésirables, leur spectacle est toujours complaisant avec ceux qui s’en mettent plein les poches. Chien de garde ou plutôt toutou à leur mai-maitres, ils savent ce qu’il faut dire ou pas pour garder les relations privilégiées qui leur garantiront une place dans les salles du pouvoir. Gardant précautionneusement le silence sur les causes profondes des événement qu’ils mettent en avant.

Retour dans la salle. Le protocole se met en route. C’est comme à l’école, faut se lever quand les juges rentrent dans la classe, faut se taire pendant qu’ils racontent leur conneries. La juge se met à poser des questions, elle refait le déroulé de l’action, en choisissant bien sûr la version des flics pour décrire les choses. Ne semblant même plus s’en rendre compte, elle se vexe quand son parti pris est relevé. Elle espérait peut être faire croire à une quelconque objectivité des faits ? La blague. Elle parle aussi des “statuts” (travail, situation). Les échanges sont assez court.

Ca continue avec la procureure qui commence par préciser qu’il ne s’agit pas d’un procès politique, et qu’elle ne veut surtout pas que la cour croit qu’il s’agit de condamner des idées. oui oui bien sûr. C’est vrai qu’en démocratie on respecte la contestation tout ça tout ça. Tant que c’est fait dans leur règle, tant que ça ne bouscule pas leur pouvoir, tant qu’on utilise les outils qu’ils nous mettent gentiment entre les mains, on peut toujours crier sagement et la paix sociale sera bien gardée. D’ailleurs pour la défense c’est pareil. Si tu cherches à ne pas être condamné faudra passé par leur code, leur vocabulaire et trouver l’argent pour les avocats. Autant de moyens pour nous dépossédés de nos vies et nous mettre à leur merci. Ils peuvent bien s’étouffer avec leur hypocrisie et sois disant impartialité ! Rien n’est neutre, tout est chargé. Pas dupe, on se regarde en chien de faïence et croire qu’on cherche à leur plaire serait la thèse la plus erronée, comme dirait l’autre.

Ensuite elle rentre dans le vif. Elle raconte n’importe quoi, se contredit en utilisant le témoignage du vigile, seul témoin de leur côté, et le surinterprète aussi. Pas étonnant. c’est qu’il s’agit de faire passer l’idée que le groupe avait une attitude menaçante qui a favorisé la destruction de la maquette. En vrai, elles n’ont rien mais faut quand même trouver quelque chose pour pouvoir condamner. alors la « complicité » et « l’incitation à » quand on a pas de preuve matérielle semble devenir monnaie courante. Au moment de parler des peines, elle argumente qu’il ne faudrait pas donner du ferme mais ironise sur le fait qu’un séjour dans les prisons insalubres de st gilles ou de forest permettrait pourtant de faire constater la nécessité de nouvelles taules. Elle veut mettre 150 heures de travaux d’intérêt généraux dans une institution style la régie des bâtiments histoire de faire comprendre l’utilité du système carcéral, réparer le préjudice et permettre ainsi de réintégrer cette « vénérable société ». Trop sympa, bon sauf que personne à envie de travailler pour eux. C’est l’acquittement qui est plaidé, au pire une suspension du prononcé, même si au final, elles trancheront.

Le verdict pour le volet pénal se fait le 19 février. Et le volet civil (les dédommagements pour la maquette) n’aura lieu que plus tard étant donné que l’avocat de la régie des bâtiments a demander un report d’audience. Le temps, probablement, de faire apparaître le fameux contrat de construction de la maxi-prison, toujours invisible pour le moment. Ce contrat étant censé prouver que la régie est propriétaire de la maquette détruite.

La séance se clôture et tout ça n’est rien à côté de toutes les vies brisées par cette justice qui condamne à tout va. Tapant sur ceux qu’elle fout déjà dans la merde au quotidien. Tellement déconnecté, ils ne captent pas l’absurdité de leur logique comme quand, pendant un procès, ils reprochent à un sans papiers de travailler au noir, ou à un jeune racisé de dealer pour se faire des thunes. Faut respecter leur règle : « les sans papiers c’est dehors », et l’argent ça se gagne dans le cadre de l’esclavage légal. Humiliant et discriminant les gens coincés dans leur filet, ils aiment à rappeler aux indésirables qu’ils peuvent réduire leur vies au périmètre d’une cellule, ou les enchaîner au travail pour payer les quelconques dédommagement ou peines. Faudrait pas qu’ils s’étonnent ensuite quand les coups de bâton se retournent contre eux.

Que crève leur justice, leurs prisons et le monde qu’elles protègent !
Force et courage à touTEs les révoltéEs, dedans comme dehors, battons nous contre le monde qu’ils essayent de nous imposer.

[Repris de Indymedia Bruxelles, http://bxl.indymedia.org/spip.php?article9990&lang=fr]

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Solidarité avec l’attaque contre la maquette de la maxi-prison

Mi-mai de cette année [2015], une vingtaine de personnes font irruption dans les bureaux de la Régie des Bâtiments (l’agence fédérale entre autre responsable de la construction des nouvelles prisons) à Saint-Gilles et y détruisent la maquette en exposition de la future maxi-prison à Haren. Les rebelles se sont éclipsés aussi vite qu’ils étaient apparus et personne n’a été arrêté. Maintenant, six mois plus tard, l’État cherche à faire payer quatre personnes pour cette action. Les accusations précises sont « bande organisée » et « destruction et dégradations de biens immobiliers ». La Régie des Bâtiments exige aussi 50 000 euros d’indemnités. Le procès aura lieu ce 10 décembre 2015. Personne ne se trouve actuellement en détention préventive.

C’étaient des semaines agitées dans la lutte contre la maxi-prison. Pendant que des rebelles enterraient symboliquement la future prison chez la Régie des Bâtiments, à moins d’un kilomètre de là-bas, se déroulait un énième spectacle démocratique avec une commission de concertation qui devait donner son avis afin que la Régie puisse obtenir les permis de construction pour la maxi-prison. La séance de cette commission était totalement militarisée : il fallait une permission spéciale pour y assister (normalement ce genre de spectacle est « public »), les flics présents en nombre fouillaient tous ceux qui avaient une telle permission et une partie de la salle où se trouvaient des responsables de la commission n’était littéralement pas éclairée, ils étaient dans l’ombre au nom de leur sécurité.

Cependant, quelques jours auparavant, d’autres responsables de la maxi-prison étaient bel et bien mis en lumière. Rudi Vervoort (le ministre-président de la Région bruxelloise) s’est réveillé avec des slogans contre la maxi-prison sur la façade de son domicile et un tas de fumier et de goudron sur le pas de sa porte. D’autres collaborateurs auront droit d’une façon similaire à la publicité qu’ils méritent, comme la responsable du projet de la maxi-prison au sein de la Régie, d’ailleurs ancienne directrice de la prison de Forest. Elle donnera sa démission le lendemain, craignant pour sa « sécurité ». La nuit d’avant, sur le chantier d’une maxi-prison en construction au pays de Galles de l’autre côté de la Manche, plusieurs pelleteuses sont incendiées. Le slogan « Feu aux prisons » est laissé sur place.

Entre temps, la lutte allait de bon train et aussi la répression se faisait à nouveau entendre. Le matin du 10 juin, des perquisitions ont lieu dans quatre domiciles et dans « Le Passage » à Anderlecht, un local de lutte contre la maxi-prison. Les compagnonnes et compagnons arrêtées seront relâchées dans l’après-midi. Un jour plus tard, à Bruxelles,un incendie volontaire ravage une partie d’un centre d’entreprises en construction (« Greenbizz », supposé accueillir des entreprises impliquées dans la technologie « verte »). Le chantier y était effectué par l’entreprise de construction BAM, bien connue pour sa participation à la construction de nouvelles prisons. Et quelques jours après les perquisitions, un rassemblement en solidarité avec la lutte se tient à Anderlecht. Dans les semaines qui suivent, des attaques ont eu lieu en France et au Chili, revendiquées en solidarité avec la lutte contre la maxi-prison à Bruxelles.

La destruction de la maquette était un bel acte. Un acte parmi les nombreux beaux actes dans cette lutte, qui peuvent nous donner une idée de quelles formes peut prendre le refus d’un énième projet dégueulasse de l’État. Un vrai refus qui n’est pas négociable, qui ne se laisse pas mettre de côté facilement en échange de quelques promesses (plus de verdure, une prison plus petite, un peu plus à gauche ou un peu plus à droite, plus de compensations financières pour les riverains…). Non, un refus total. Pas de maxi-prison, ni ici ni ailleurs. Pas maintenant, jamais. Un refus qui rejette résolument tout dialogue avec ceux qui sont au pouvoir. Un refus qui se diffuse en mots et devient concret dans des actes de sabotage et d’attaque contre ce projet et le système qui en a besoin.

Les seules limites de la rébellion, du blocage, du sabotage et de l’attaque sont celles que nous posons nous-mêmes.

8/12/2015

Publié dans Ricochets, bulletin contre la maxi-prison et le monde qui va avec, n° 13, décembre 2015 [Bruxelles]

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Sur la place Clemenceau à Anderlecht en solidarité avec la lutte contre la maxi-prison

Voici le discours prononcé au haut parleur lors du rassemblement solidaire du 10 juin 2015 sur la place Clemenceau à Anderlecht.

Bonjour à tout le monde.

Ce mercredi matin, la police antiterroriste a fait des perquisitions chez des compagnons en lutte contre la maxi prison.

Des perquisitions parce qu’on dit ce que on pense. Parce que on dit qu’il faut lutter contre ce projet d’état. Parce qu’on dit qu’il faut se lever la tête, qu’il faut se révolter et leur mettre des bâtons dans les roues.

Cela fait maintenant deux ans et demie qu’on est en lutte contre la construction de la plus grande prison de la Belgique, ici à Bruxelles. On est en lutte parce que cette maxi prison sera construite pour nous mettre dedans. Nous, les opprimés, les pauvres, les sans papiers, les SDF, les révoltés et les insoumises.

Quand ils nous construisent des cages, il faut leur compliquer leur boulot ! Car on n’est pas né pour vivre dans une cage. On n’est pas né pour se taire, se regarder les pieds, pour se faire tabasser et enfermer. Il faut arrêter de se laisser faire, de lécher le cul du patron ou baiser les yeux devant celui qui a plus de pouvoir que nous.

Mercredi matin, la police antiterroriste est venue parce que on a dit qui sont les responsables de cette future maxi prison : architectes, ingénieurs, entreprises de constructions, bureau d’études, politichiens,… Il y a eu des attaques contre ces responsables, avec des pierres et le feu, et cela leur a fait du mal. On est solidaire avec ces attaques parce que tout simplement : pour arrêter un projet d’état il faut lui mettre des bâtons dans les roues.

Sabotons la constructions d’une maxi prison. Cela on a dit a plusieurs reprises, et on continueront à le dire. Parce que c’est la vérité. Il faut se solidariser, se donner du courage et il faut attaquer, sinon ils nous massacreront. Il faut les attaquer parce qu’eux ils nous attaquent en permanence. Ils nous insultent, nous exploitent, nous volent la joie et la confiance. Et même si eux ils sont plus forts que nous, il faut.

Basta la paix sociale, rentrons en conflit avec le pouvoir. On n’est pas des esclaves, on est de la dynamite.

Repris de http://www.lacavale.be/spip.php?article244

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Dimanche 14 juin 2015. Rassemblement solidaire avec la lutte contre la maxi prison et tous ceux et celles qui se battent contre le pouvoir

PDF. Appel au rassemblement solidaire

Solidaires avec la lutte contre la maxi-prison et tous ceux et celles qui se battent contre le pouvoir

Parce que le combat contre la construction d’une maxi prison dans cette ville qui court vers toujours plus de contrôle et de répression, est une lutte auto-organisée et autonome. Elle sort du cadre légal imposé pour s’attaquer directement à ceux qui veulent la construire et à leur logique. Par la parole et l’action directe, par le sabotage et la manif sauvage, à beaucoup et à quelques uns, de jour comme de nuit.

Parce qu’on soit à l’office des étrangers, dans les bureaux de l’ONEM, à l’école, au boulot, en taule ou psychiatrisé, il est assez clair que nos vies nous sont volées et que le conflit est inévitable si nous désirons reprendre nos vies en main.

Parce que si la police antiterroriste a fait des perquisitions dans quatre maisons de compagnonnes et au Passage, point de coordination dans la lutte contre la maxi prison ce mercredi dernier, c’est pour semer la peur et freiner ces combats – mais il est hors de question que nous retournions à la maison : nous ne baisserons pas les bras.

Parce que la meilleure défense c’est l’attaque, face à la volonté du pouvoir de faire de la ville une prison à ciel ouvert, c’est en semant le trouble dans leurs moyens de nous contrôler que nous continuerons d’agir.

Parce que face aux horreurs du pouvoir, aux massacres qu’il commet, à l’exploitation sur laquelle il repose et à l’enfermement auquel il condamne toujours plus de gens, affirmons la joie de lutter librement, la fierté des idées qui s’opposent
à leur monde et la solidarité entre ceux et celles qui chérissent toujours le rêve d’un monde débarrassé du pouvoir.

(PS : Journaliste ? Politicien ? Reste chez toi !)

Repris de http://www.lacavale.be/spip.php?article229

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Aux incontrôlables

PDF. Aux_incontrolables

L’ordre doit régner  : c’est la devise de tout pouvoir. Et son ordre, on le connaît : ses massacres aux frontières, son exploitation au travail, sa terreur dans les prisons, son génocide dans les guerres, son empoissonnement dans nos poumons, sa dévastation de tout ce qui est beau et libre, son idéologie dans nos cerveaux et son avilissement dans nos cœurs. Et à Bruxelles, le pouvoir est passé à la vitesse supérieure. Que ce soient les magasins pour les eurocrates ou les nouveaux lofts pour riches, les flics qui se multiplient comme des lapins ou les caméras qui sortent du sol comme des champignons, les nouveaux centres commerciaux ou l’aménagement urbain pour renforcer le contrôle, le message est clair : l’ordre doit régner et les pauvres, les exclus, les sans-papiers, les criminels, les révoltés, nous sommes indésirables dans cette ville, nous ne sommes bons qu’à obéir, qu’à courber le dos ou crever.

Aujourd’hui, un des projets phares du pouvoir à Bruxelles, c’est la construction de la maxi-prison, la plus grande prison de l’histoire belge. L’ombre de ses murs et le désespoir de ses cachots menaceront tous ceux qui galèrent pour survivre dans ce monde, qui ne reste pas dans les rangs qu’impose ce monde, qui se révoltent contre l’oppression. Un endroit lugubre pour mettre à l’écart les indésirables, ceux qui nuisent à la marche rayonnante de l’économie et du pouvoir ; un endroit qui reflète toutes ces bâtisses où se concrétise la violence du pouvoir, comme les centres fermés pour clandestins, les hôpitaux psychiatriques, les commissariats… – et, pourquoi pas, les centres commerciaux, les institutions, les rues des villes devenues des vastes annexes d’une énorme prison à ciel ouvert.

Se battre contre cette maxi-prison, c’est donc reprendre goût à la liberté. Empêcher sa construction, c’est frapper la marche du pouvoir vers toujours plus de contrôle et de soumission. Saboter sa réalisation, c’est ouvrir des horizons de lutte qui rompent avec la résignation qui est la meilleure allié des puissants. Mais nous ne sommes pas dupes ni naïfs. Lutter contre cette maxi-prison, c’est donner bataille à tout ce qu’elle représente, une bataille qui ne se laisse pas cantonner à la légalité, mais se munit de toutes les armes qu’elle juge adéquates. C’est une bataille à mener par nous-mêmes, de façon auto-organisée et autonome, sans partis politiques ou organisations officielles, sans politiciens élus ou en devenir.

Les dernières années de lutte contre cette maxi-prison a été un parcours parsemé d’initiatives de lutte dans les quartiers de Bruxelles (loin de projecteurs des médias et de la puanteur des institutions), d’actions directes contre les responsables de ce projet (entreprises de construction, architectes, ingénieurs, politiciens, policiers, bureaucrates) et de sabotages aux quatre coins de la ville et de la Belgique. Incontrôlables, car ne se tenant pas aux limites imposées par ce pouvoir démocratique, ingérables, car émergeant de l’initiative libre n’obéissant à aucune hiérarchie, ingouvernables, car refusant tout dialogue avec le pouvoir afin de recréer les espaces du vrai dialogue libre entre personnes en lutte. Trois caractéristiques qui ne sauraient être compatibles avec aucun pouvoir, et qui en cela ont la douce saveur et l’orgueilleux charme de la liberté. Trois caractéristiques qui peuvent faire irruption dans tous les conflits sociaux en cours, partout où se dessine la ligne de démarcation entre le pouvoir et ceux qui s’y opposent, dans la vie de chacun et de chacune.

Et tout cela ne plaît pas au pouvoir. Cela ne lui plaît pas qu’on le dise, qu’on en parle, qu’on le propose, qu’on agisse dans ce sens. S’il y a à peine quelques semaines les journalistes déversaient des tonnes de merde sur cette lutte contre la maxi-prison (et donc contre toute personne qui lutte de façon auto-organisée et autonome contre le pouvoir), le mercredi 10 juin 2015, c’étaient les policiers fédéraux qui défonçaient tôt le matin les portes de quatre maisons de compagnons en lutte et du Passage, local de lutte contre la maxi-prison à Anderlecht, pour perquisitionner et séquestrer les paroles de révolte que le pouvoir ne saurait tolérer. Une répression dont l’objectif est clairement de chercher à freiner cette lutte qui réussit, par la parole et par le geste, par le tract et par le feu, par l’action directe et par l’attaque, de jour comme de nuit, à beaucoup ou à quelques uns, à se frayer un chemin. Cet manœuvre de la flicaille reflète la répression qui est le quotidien de tous les indésirables à Bruxelles et dans le monde entier : des tortures dans les commissariats aux assassinats dans les prisons, des réfugies noyés dans la Méditerranée aux gens épuisés et crevés par le travail et l’asphyxie marchande.

Si le pouvoir sème la peur pour mieux contrôler et régner, « c ’est reculer que d’être stationnaire » : affirmons donc la joie de lutter librement, la fierté des idées qui s’opposent à leurs œuvres morbides et la solidarité entre ceux et celles qui chérissent toujours le rêve d’un monde débarrassé du pouvoir. Continuons les hostilités contre tout ce qui nous étouffe.

ON NE RECULE PAS – ATTAQUONS LA MAXI-PRISON, SES CONSTRUCTEURS ET SES DÉFENSEURS

COURAGE ET DÉTERMINATION A CEUX ET CELLES QUI LUTTENT CONTRE LE POUVOIR ET POUR LA LIBERTÉ

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